Le rôle des bactéries au cours de la mastite lors de la lactation ; du bon usage des antibiotiques

Kvist_mastitis_bacteria_Int Br J_2008.pdfVoici un article bien intéressant. Ci jointe une modeste traduction bien partielle et quelques commentaires.

The role of bacteria in lactational mastitis and some considerations of the use of antibiotics

 L.J Kvist, B.W Larsson, ML Hall-Lord, A. Steen, C Schalén International Breastfeeding Journal 2008,3 :6

Le rôle des bactéries au cours de la mastite lors de la lactation ; du bon usage des antibiotiques.

 

En italique, c’est moi qui donne mon commentaire !

 

«Etat des lieux : le rôle des bactéries pathogènes dans la mastite chez la femme allaitante reste mal éclairci. L’objet de cette étude est de comparer les espèces bactériennes présentes dans le lait de femmes atteintes de mastites et dans celui de femmes donneuses saines et d’évaluer les indications de traitement antibiotique ainsi que de préciser les symptômes de la mastite, d’évaluer le nombre de consultations médicales, l’incidence de survenue d’abcès du sein, de lésion du mamelon et de la récidive des lésions en lien avec la numération bactérienne retrouvée ».

 

 Quelques grandes idées de cet article :

 

-         5 espèces bactériennes principales sont retrouvées :

o       staphylocoque blanc (= coagulase négatve)

o       Streptococcus viridans

o       Staphylocoque doré (= aureus)

o       Streptocoque B

o       Enterococcus faecalis

 

-         Il n’a pas été retrouvé de corrélation significative entre le nombre de bactéries et la gravité des symptômes de  mastite.

-         Le nombre de bactéries n’était pas différent dans les groupes de femmes traitées par antibiotiques ou non.

-         La présence de streptocoque B était associée à un plus grand nombre de consultations médicales

-         Les femmes dont le nombre de bactéries étaient >107 UFC/l pour le staph blanc ou le Streptococcus viridans dans leur lait avaient plus de lésion du mamelon.

-         Les indications de traitement par antibiotiques telles que définies par l’OMS sont rappelées (et reprises par l’HAS en 2005)

o       Présence de leucocytes ou de colonies bactériennes dans le lait faisant évoquer une infection (bien peu précis !!) ou

o       Sévérité d’emblée des signes cliniques ou

o       Présence de crevasse du mamelon ou

o       Absence d’amélioration clinique en 12-24h après les conseils d’usages (amélioration des conditions de transfert de lait)

 

-         Les auteurs précisent qu’en respectant ces critères, seulement 15% des mastites de leur étude nécessitaient un traitement antibiotique, alors qu’aux USA et en Australie de 77% à 97% des femmes atteintes de mastites reçoivent un traitement antibiotique avec les risques bactériologiques inhérents (chiffre non précisé pour la France).

-         Il n’y a pas preuve forte de l’existence d’un continuum physiopathologique entre la mastite simple et l’abcès du sein, et l’OMS précise que des abcès peuvent survenir chez des femmes qui n’ont pas de mastite préalable.

-         Les auteurs recommandent un suivi quotidien des patientes afin de déterminer celles chez qui l’évolution défavorable à 24-48h indiquera un traitement antibiotique.

-         Même si le streptocoque B est un germe responsable d’infections materno- foetales parfois sévères, aucune infection grave n’a été notée dans cette étude avec ce type de germe. Le rôle de composants protecteurs dans le lait maternel est évoqué par les auteurs.

 

« Conclusion

Des bactéries potentiellement pathogènes, y compris en grand nombre, ont été retrouvées à la fois dans le lait des mères atteintes de mastite et dans celui des mères du groupe contrôle. Le nombre de bactéries retrouvées n’est pas corrélé à la gravité des signes de mastite. La quantité de bactéries présentes dans le lait n’est donc pas un argument déterminant pour indiquer une antibiothérapie. La culture bactériologique du lait est un examen difficile à interpréter. Ces résultats remettent en cause la dichotomie entre mastite infectieuse et mastite non infectieuse. Un suivi quotidien des patientes serait une aide pour déterminer celles qui auront besoin d’une antibiothérapie ».

 

LS, Châteaubriant, le 26 décembre 2009

 

 

 

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